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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 18:30

Yop les filles !

 

Déambulant sur les blogs qui me tiennent à coeur en ce moment, je suis tombée sur celui-là.

 

Etant moi-même complexée par mon corps, et ayant été "mal dans ma peau" comme on dit, pendant longtemps, je me suis retrouvée dans chacun des textes que j'ai lu.

 

Celle qui dit qu'elle ne s'est rendue compte de rien.

 

Celle qui dit que sa peau est le reflet de son stress.

 

Celle qui dit qu'on n'en parle pas à la maison.

 

Celle qui fuit les photographes.

 

Et toutes les autres.

 

Je n'ai pas tout lu, mais je sais que je trouverais une part de moi dans chacun de ces textes.

 

A l'adolescence, je me suis oubliée. Pour laisser à ma mère la place de chérir mon père, gravement malade, puis handicapé.

 

En deux années, j'ai été confronté à des réalités difficiles pour une fillette de neuf ans.

Le décès de mon chat, première mort à laquelle j'ai du faire face. Et mon voisin plus âgé qui riait de me voir pleurer "juste" pour un chat.

 

Puis "papa est malade". Suivit de trois semaines d'hospitalisation. Ma mère m'a refusé le droit de lui rendre visite. Je n'ai pas insisté, elle aussi s'inquiétait. Alors j'allais commencer ma nuit dans leur lit, puis, quand elle montait se coucher, j'étais trop abrutie de sommeil pour ne pas me rendormir dans mon lit. Et rayons, et médicaments, et purées.

 

Jusqu'à l'année d'après. Ou ma grand-mère s'est rendue malade de voir son fils dans un tel état. C'était inconscient, bien sur. Je n'ai été autorisée qu'à la revoir une seule fois avant son décès, quinze jours après. La seule grand-mère que j'avais.

 

Jusqu'à mes 15 ans, mon père à été "malade". La tumeur avait disparut, mais les remèdes avaient été pire que le mal. Il ne pouvait plus s'alimenter de la même façon que nous. Purée à tous les repas. Et sans morceaux. De mon point de vue, je le vivais très bien. Je voyais mon père, puisqu'il ne pouvait plus travailler, mes notes n'ont pas failli, j'avais des copines, je sortais, j'avais mes problèmes au collège, un peu comme toutes les adolescentes.

 

Rétrospectivement, non, je ne le vivais pas bien. Alors que j'étais "propre", je me suis remise à faire pipi au lit. Tous les matins. Je subissait assez régulièrement une paralysie du sommeil. Je me réveillais, j'étais réveillée, et je voulais me lever pour aller aux toilettes, mais mon corps ne me répondait plus. Jusqu'à ce que... Trop tard. Bien sûr, mon corps s'est transformé. J'ai bien vécut mes règles, on en avait parlé avec ma mère. Mais je ne me suis pas vu "changer". J'ai porté mon premier soutien-gorge à 15 ans, quand je suis allée au lycée, alors que je faisais un bon bonnet D depuis la cinquième. Et puis l'acnée. En regardant les photos aujourd'hui, je me demande comment j'ai pu minimiser à ce point un phénomène d'une telle ampleur. Mais si je voyais bien "quelques" boutons, pour moi, je n'en avais pas plus que les autres.

 

Au décès de mon père, après avoir accusé le coup (quelques quatre ans plus tard), je me suis enfin réveillée. Et j'ai commencé à réfléchir. D'où je me suis aperçue que je n'ai eu ces "fuites urinaires" que pendant la maladie de mon père, et que du jour au lendemain, je suis redevenue "propre". Que j'avais grossi. car au sortir du collège, je ne faisais plus de sport, mais mangeait de la même façon qu'avant. J'avais presque doublé mon poids. Je suis passée d'un bon 40kg à presque 80. ca ne s'est pas fait en un an, mais le temps que je reprenne conscience de "moi", j'ai continué à grossir. J'ai fais ma crise d'adolescence à 20 ans, après le décès de mon père.

 

Tant de petits détails. Mais qui pour une jeune fille ont leur importance. Le nombre de fois ou je demandais un remède à ma mère parce que j'avais mal au ventre, à la tête, au coude, au pied... Certes ce n'était rien. La pluspart du temps, des douleurs passagère qu'un quart d'heure plus tard je ne ressentais plus. Mais la réaction de ma mère me blessait à chaque fois, et creusait systématiquement un peu plus mon mal-être.

Aujourd'hui je reproche à ma mère son manque de compassion. je recherchais simplement un peu d'amour. Je sais bien qu'elle faisait son maximum. Elle n'est pas parfaite.

 

Encore aujourd'hui, je ne lui en parle pas. Parce que je n'ai pas fini de digérer le décès de ma grand-mère. Et que quand j'en parle, je pleure. Elle ne comprendrait pas que j'en suis toujours là. Elle ne comprendrait pas que je me suis sentie trahie quand elle à dit à des étrangers ce qu'elle ne m'a pas dit à moi. Que mon père se mourrait. Elle ne comprendrait pas que j'en veuille encore à mon père de ne pas être venu me chercher en voiture le jour de ma fête. Elle ne comprendrait pas si je lui disait que j'ai arrêté de vivre pour qu'elle n'ait pas à s'inquiéter pour moi. Elle ne comprendrait pas qu'il m'a fallut dix ans pour me construire, et que ce n'est pas fini. Que reconstruire dix ans d'adolescence en trois ans, ca chamboulle. Ca tire. Ca explose. Et que chaque réaction qu'elle à face à moi me déçoit. Je ne sais pas comment je voudrais qu'elle réagisse. Mais je sais que je n'aime pas quand elle réagit comme ça.

 

Je ne me suis pas vue pendant dix ans. Depuis, je me retrouve. Je me découvre. En partie grace à mon chéri, qui à une patience infinie. Grace à Mme Casse-bonbon, avec qui je peux parler de tout, et même pleurer sans qu'elle se moque de moi. Mais aussi grace à moi.

 

Depuis que je me suis retrouvée, j'ai fais du chemin. J'ai d'abord suivi mes propres trace sà la recherche de mon âme. Puis il a fallut la concilier avec mon esprit, mon corps et mon coeur. Tout n'est pas encore harmonie. Mais j'en suis le chemin. Et la route est longue. J'ai découvert quantité de choses. Que j'étais grosse. Que j'étais mal. Que je voyais la différence d'altitude entre deux oiseaux qui volaient dans le ciel, et pouvais dire lequel était le plus haut. Que le facteur ne passait pas le dimanche. Que j'avais du poil au menton. Que j'avais honte du regard que les gens posaient sur moi alors qu'ils ne me regardaient pas. Que je suis fière aujourd'hui du regard qu'ils posent sur moi alors que ça ne les regarde pas. Que si je pleure pour la mort d'un individu dans un livre/film, j'évacue aussi les douleurs des décès auxquels j'ai été confrontés.Que je ne pouvais pas avoir un paquet de gateaux/bonbons/charcuterie/fromages à la maison sans le boulotter jusqu'à la dernière miette.

 

Aujourd'hui, j'ai perdu du poids. Dernièrement, j'ai découvert que j'étais passé sous la barre des 70 kilos. Je rentre à nouveau dans du 42. Aujourd'hui, je ne passe plus mon temps à grignoter, même s'il m'arrive encore d'avoir des pics ou je tourne en rond dans la cuisine à chercher ce qui n'y est pas. Je remets des vêtements de couleur. Et pour m'aider à surmonter le malaise associé, je mets des couleurs "peu banales" du saumon, du bleu-vert soutenu. Je ne mets plus les vieux t-shirts informes récupérés à droite à gauche qui ont constellé mon adolescence, même si j'en ai encore dans le placard, histoire de pallier aux déficiences. J'ai acheté de la lingerie, et j'ai pris le temps de consulter une spécialiste qui m'a trouvé ma vraie bonne taille. 95F. Je sors seule dans la rue, et j'en suis encore térrorisée à chaque fois. Mais je sors. Je ne pense plus au suicide. J'ai même un projet bébé en route J'arrive à planifier jusqu'à 4 semaines à l'avance. Je me discocie de ma mère.

 

Ce que je ne fais pas encore. Je n'arrive pas encore à m'affirmer auprès de ma mère sans me mettre en colère et sans pleurer. Rentrer dans du 40. Trouver "joli" des chaussures, des pois, des rayures, des motifs. Me mettre en maillot de bain. Trouver le courage d'aller chez le gynécologue. Dire "Merde!" à mme Casse-Bonbon. Regarder la photo de ma grand-mère sans pleurer. Parler de mon père sans pleurer. Passer mon permis moto. Finir quelque chose.

 

Il y en a sans doute d'autres, que j'oublie, que je ne connais pas encore. mais l'écrire c'est encore un pas vers la liberté. Vers l'harmonie de tout ce qui fait que je suis moi. 

 

Il a pu se passer n'importe quoi durant mes années collège. Je ne m'en suis pas rendue compte. J'étais là, mais sans y être. Comme un spectateur qui regarde un film d'un ennui mortel. Qui s'est endormi pendant de longues minutes, de longs mois de cette vie insignifiante. Et qui se réveille au bruit d'une vitre d'émotions brisée sans savoir pourquoi  gisent milles fragments dans la poussière. Leurs reflets restent gravés dans ma mémoire, sans toujours s'associer à une cause sérieuse. Car la vitre était fissurée et l'évènement qui l'a brisé n'est qu'un pet de mouche qui engendre un fleuve de larmes.

 

Les souvenirs, ceux qui existent, sont flous, et atrocement dépareillés. Certains se mélangent. J'ai appris à ne plus leur faire confiance.

 

Je me suis oubliée.

 

J'ai laissé la place à la maladie. Qui n'en était pas une. Mais qui nous faisait tous souffrir.

 

Je me suis oubliée.

 

Je me suis promise de ne plus jamais le faire.

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mamanpanique - dans Divers
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